Le retour du gros binoclard bougon. Son génie exige la parole.
Nouveau label, maestria identique : ce serait faire injure à Van Morrison que de s’étonner, mi-ravi, mi-sceptique, de l’excellence absolue de ce nouvel album. D’abord parce que quelqu’un qui a composé Gloria et Astral Weeks ne peut être totalement mauvais. Ensuite, car son précédent (Down the Road, 2002) indiquait clairement à quel point de classicisme (du chant, de l’écriture) était parvenu l’irlandais. What’s wrong…constitue, justement, une réflexion chaleureuse et pleine d’humour sur le temps qui passe : pourquoi ne sommes-nous plus ce que nous avons été et, surtout, pourquoi les autres ne peuvent-ils l’accepter ? Lorsqu’on est l’une des plus belles voix de son époque, on peut tenter de répondre, en s’entourant d’une triomphante section de cuivres et en reprenant des standards hantés (étincelant Saint James Infirmary) ou de grands anciens (Lightnin’Hopkins). On peut, aussi, composer un hymne (What’s wrong…, la chanson) et éclater de rire au deuxième couplet car, après tout, tout cela n’est que de la musique pour danser. De la musique populaire du XXI siècle, par un créateur serein et visionnaire, jaillissant à des hauteurs inespérées.

Christian LARREDE

Janvier 2004