« Land of Dreams » est bien plus que « le » disque de Randy Newman produit par Mark Knopfler. En 1988, ce dernier est incontournable. Il vient de produire le « miracle » de Willy de Ville (qui n’en est pas un, encore que…), il a bossé pour Aztec Camera, Dylan ou Tina Turner. La production du guitariste de Dire Straits, à une ou deux exceptions près (le gros riff qui tache d’ « It’s money that matters » ), s’efface ici derrière la singularité du talent de Randy Newman, l’un des meilleurs songwriters américains.

L’album démarre par trois des titres les plus personnels jamais composés par Newman, où il évoque son enfance dans le sud, ses problèmes d’intégration à l’école (« Four Eyes »). Inhabituel chez quelqu’un qui s’était plutôt fait une spécialité de décrire les petits travers de ses contemporains . Ces trois chansons sont parmi les meilleures de l’album et suffisent presque à elles seules à faire de « Land of dreams » un bon disque de Randy Newman. Le ton général est plutôt enjoué et les chansons d’amour (« Falling in Love », « Something special » ) sont plutôt guillerettes. On trouvera quand même un plagiat rap peu convaincant (« Masterman and Baby J »), une ou deux chansons moyennes (« Red Bandana ») mais aussi un authentique chef d’œuvre. La chanson s’appelle “Bad news from home”. Randy y raconte la nuit où il l’a surpris dans le lit d’un autre. La mélodie est poignante (pas sur qu’il ait fait mieux depuis) et on a jamais dit en si peu de mots toute la brutalité de la trahison amoureuse. Il y a juste le piano, magnifique, la voix étranglée et la production minimale de Knopfler, qui, pour cela, mérite à jamais toute notre considération.

Juin 2005