Encore une fois, « Poetic Champion compose » (gasp !) confirme que les années 80 sont pour Van Morrison une période de stabilité, de maturité et de bonheur, en s’inscrivant dans la lignée mystique-jazz-celte de tous ses albums depuis au moins « Into the music ».
Cela ne manque pas d’ennuyer ceux qui n’aiment Van the man que déchiré et douloureux, mais lui s’en fout manifestement, sans qu’on puisse lui donner tort. On ne saurait même pas parler de piétinement artistique, tant Morrison y met de lui-même: il ne peut tout simplement pas faire une autre musique, sauf à se départir de la sincérité qui rend toute son oeuvre si émouvante – y compris ces dernières années, pour peu d’avoir changé. Pour ma part, je ne me lasse pas de cette voix comme burinée par les embruns et qui ne perd rien de sa passion en se mettant au service de la sérénité, et de son écrin feutré où cuivres soul et violons irlandais se tendent la main au-dessus de l’Atlantique. Sans doute parce qu’il est inimitable, ce qui compte (on peut se fatiguer d’un style quand il est trop pillé et dilué par des plagiaires sans talent), mais aussi parce que Morrison sait mieux que quiconque faire partager ses sentiments à l’auditeur qu’une dose de calme et de poésie n’est pas à négliger de temps en temps.

Thierry CHATAIN

Octobre 1987