Van Morrison, a live experience

En ce début juillet, à la même affiche (Live at the Marquee à Cork), se produisaient plusieurs artistes qui valaient bien un déplacement en Irlande. L’occasion m’a donc été donnée de voir consécutivement Al Green, Nick Cave (avec une formation des Bad Seeds en composition réduite) et pour clore le tout, Van Morrison himself sur ses terres. Indépendamment des mérites respectifs de Nick Cave et d’Al Green qui sont tous deux de remarquables performers et dont je recommande vivement les prestations scéniques, je voudrais profiter de ces quelques lignes pour revenir plus en détail sur le concert de Van Morrison.

L’irlandais sort depuis plusieurs années (disons depuis « Hymns to the silence ») des disques simplement moyens au regard des chefs d’œuvre passés. Néanmoins, voir Van jouer quelques unes des chansons de ces albums permet de réévaluer à la hausse leur qualité. On a eu droit à une sorte de best of de ses quarante ans de carrière entrecoupés de morceaux du récent « Magic time ». Ainsi, « Gipsy in my soul » en ouverture sonnait comme un classique instantané, comme un parangon des meilleures ballades country blues dont le bonhomme est l’un des maîtres incontesté. Le groupe qui l’accompagne depuis quelques temps maintenant est excellent malgré la connotation un peu trop jazzy  à mon goût et même si ça manque parfois aussi de « sauvagerie ». Bref, c’est pas le Blues explosion mais ça swingue remarquablement et après tout ce professionnalisme n’est pas désagréable du tout.

Mais surtout, entendre les classiques du répertoire de Van repris en chœur par des milliers d’irlandais permet de mesurer à quel point son songwriting est l’un des plus riches qui soit, tous genres confondus. Qui d’autre pour aligner des classiques aussi intemporels que – au hasard – « Gloria », « Brown Eyed girl », « Wonderful remark », « Moondance », « Have I told you lately », « Jackie Wilson said », « Wild night », « Cleaning windows », « Bright side of the road »… Tous joués ce soir là avec une maestria qui force bien plus que le simple respect. Je ne mentionnerai même pas ceux qu’il n’a pas joués mais qui se tenaient là en réserve, remplaçants de luxe qui n’ont rien à envier aux titulaires (« And it stoned me », « Carrying a torch », « TB sheets », etc…).

On lit souvent que Van pourrait bouleverser en chantant l’annuaire téléphonique. Mais sa voix, la plus noire des voix blanches, est réellement une expérience unique, qui charrie les sentiments les plus profonds (la mélancolie bien sur, mais aussi et en vrac l’espoir, la transcendance, la dévotion et bien sur l’amour). Pourtant l’homme est toujours aussi acariâtre et bougon – pas un rappel, pas un mot au public (il laisse à son guitariste le soin de faire les présentations et de meubler les blancs). Il supporte visiblement assez mal de devoir jouer ses vieilles chansons et il le fait sentir. Mais ici plus qu’ailleurs, Van peut tout se permettre. Comme cette réplique à un journaliste qui lui faisait remarquer que GW Bush était l’un des ses fans et qu’il écoutait régulièrement « Brown Eyed Girl » sur son Ipod. « Bien sur que ça me fait plaisir, mais je préférerai qu’il écoute mes nouvelles chansons ».

Juillet 2005