Van the man, sur le coup de la quarantaine, revient au bercail. Belfast, en pélerinage. Y offre un panorama en règle de ses quatre derniers albums, comme pour entériner cette sorte de cycle mystico-écolo-celtico, pour repartir ensuite…dans la même veine, probablement. Van Morrison est à un âge où la voix donne à plein, mais où l’homme est passablement amorti. A l’image de ses concerts : il y a toujours un petit frisson spécial quand ce type-là, trapu comme un tonnelet de bière, buté, mu par on ne sait quel souffle intérieur, se met à chanter. C’est après qu’on s’ennuie, à force de tiédasseries délayées, de saxos baveurs, de regrets sur avant (tout ceci ne servant à rien). Il n’y avait rien à attendre d’un tel disque en public : un digest visitant surtout « Beautiful vision » (presque entièrement ravalé), effleurant les autres. Pourtant, on croit discerner un « plus », sans pouvoir dire exactement ce que c’est, une chaleur peut-être qui fait digérer le swing poussif. Un drôle de signe : en Grande-Bretagne où sa récente tournée fut un triomphe (concerrts bourrés, dates rajoutées), l’album ne se vend pas. Ici, les fidèles durs voudront l’avoir au moins pour le geste. Mais qui d’autre ?

François GORIN

Juin 1984