Bettye Lavette « Worthy »
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A 70 ans, Bettye LaVette a l’essentiel de sa carrière derrière elle. Worthy fait pourtant partie de ses meilleurs disques et confirme que l’époque sait rendre hommage aux grandes dames vieillissantes de la soul (Naomi Shelton, Mavis Staples). Et comme souvent dans ces cas là, c’est l’excellent producteur Joe Henry qui est aux manettes. Bettye LaVette n’a jamais composé. Ce ne sont que des reprises choisies avec soin et avec la complicité de Henry qui composent ce grand disque de soul dominé par de magnifiques ballades bluesy. Dylan, Les Stones mais aussi d’autres moins connus comme le songwriter Randall Bramblett qui fournit ici la très belle « Where a life goes », magnifique chanson d’amour crépusculaire.
Low Cut Connie  « Hi Honey »
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  Le disque de rock de l’année. Signé sur Daptone, le label de Sharon Jones, le deuxième album de ce duo américain comprend au moins un classique instantané, le swingant « Shake it little Tina », hommage réussi à la grande prêtresse soul, Tina Turner. Le piano, utilisé ici à la façon du « Killer » Jerry Lee Lewis, donne irrestiblement envie de taper du pied mais ces rockers modernes savent aussi trousser des chansons qui tiennent la route. Pas revivaliste comme on pourrait le croire au premier abord, juste essentiel, même en 2015.
 Nathaniel Rateliff « And The Night Sweats »
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Découvert sur un premier album qui laissait entrevoir de prometteurs talents de songwriter dans une veine country folk, l’ancien ouvrier Nathaniel Ratelliff bombe ici le torse (voir la pochette) avec son gang des débuts (the Wheel ici rebaptisé The Night Sweats). Adjonction de cuivres, de choeurs, de guitares qui claquent donc mais sans délaisser son goût pour la chanson classique, avec parfois un mélange de soul et de rock qui rappelle rien moins que notre Van préféré (« I’ve been falling »).  Un vrai disque enthousiasmant comme l’illustre le remarqué S.O.B qui donne à envie de déclamer l’insulte à tue-tête (son of a b…) !
 
Langhorne Slim & the Law  « The Spirit Moves »
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Dans un style pas si éloigné de celui de son compatriote Nathaniel Ratelliff,  Langhorne Slim, un temps présenté comme le fils illégitime d’Hasil Adkins (y a pire comme référence) passe son country folk au révélateur soul de son backing band, The Law (rien moins que ça). Pas toujours complètement abouti, l’album récèle néamoins quelques excellentes chansons sonnant comme des incunables du meilleur rock américain des années 70, « To bring you my love », « Airplane », « Whisperin ». 
 
Mark Lanegan « Houston: Publishing Demos 2002 »
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Après l’aventureux et réussi Phantom Radio en 2014, Mark Lanegan revisite ses archives. C’est à se demander si ce type est capable de médiocrité. Les chansons datent donc du début des années 2000. Pour les spécialistes, de la période comprise entre « Field Songs » et « Rock Bubblegum ». Certaines ont été reprises depuis comme le superbe Grey Goes Black ici dans une version dépouillée qui apparaîtra à nouveau sur un album de 2012.  Les douze chansons ne sont peut-être pas toutes du même niveau mais Mark Lanegan évolue dans des sphères uniquement fréquentées par les plus grands (Nick Cave, Leonard Cohen), deux crans au dessus de 99% de la production actuelle, qu’il serait dommage de passer à côté de ses oeuvres d’un des derniers artistes majeurs du rock.
 
Duck Duck Grey Duck  « Here come… »
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 Cela fait un moment que l’on suit les pérégrinations musicales de l’helvète Robin Girod, leader des excellents Mama Rosin. Ce grand spécialiste des musiques américaines qui comptent, le rock’n’roll, la surf-music, la soul sixties, le blues électrique, se lance dans un nouveau projet baptisé Duck, Duck, Grey, Duck. C’est sur les rythmes binaires que surfe ce nouveau combo. On ressortira l’excellent « Mexico » et quelques instrumentaux qui donnent envie de les voir diffuser leur énergie communicative sur une scène, là où pas grand monde ne peut leur en remontrer.
 Baptiste W Hamon « Quitter l’enfance »
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Je prends les paris. Ce mini LP de six titres marque la naissance d’un grand songwriter. Il est français, porte un nom à coucher dehors mais écrit des chansons d’une beauté insoutenable, gorgées d’émotion et de sincérité. Une partie de ces chansons ont été écrites au Texas, contrée d’une des idoles de notre homme, le grand Townes Van Zandt. Et la filiation musicale est parfois troublante. Pas seulement sur le magnifique hommage consacré au génie texan, « Van Zandt ». C’est la même sincérité poignante que l’on retrouve sur ces six titres. Ceux qui y seront insensibles sont sourds ou déjà perdus pour la grâce.
Van Morrison « Duets: Re-Working the Catalogue »
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 Tout est dans le titre. Van revisite sa propre oeuvre avec quelques invités triés sur le volet pour des duos, plus ou moins réussis, c’est le propre de l’exercice. D’abord le choix des chansons retenues par le maître. Pas les plus connues et c’est plutôt une bonne chose pour mettre en valeur l’immense richesse de son répertoire. Chacun regrettera de ne pas trouver ses préférées (« And it stoned me » pour ma part) mais le choix est de nature à satisfaire le plus grand nombre, les aficionados comme les autres.  Les invités ensuite. Beaucoup d’anciens, peu de place pour les jeunes générations. On peut le regretter quand certaines collaborations alléchantes ne décollent pas vraiment. Mais l’ensemble est parfaitement soigné, imprégné du respect qu’inspire l’oeuvre de Van à de nombreux artistes,  et il se passe souvent quelque chose. Mention spéciale à sa fille, Shana, pas toujours à la hauteur écrasante de l’héritage paternel, mais qui trouve ici en « Rough God goes riding » un écrin dans lequel la complicité familiale fait passer un beau frisson soul.