Janis Joplin« Live at the Carroussel Ballroom »  La Rumeur « Tout brûle déjà »
La divine surprise de l’année. La parution de cet enregistrement inédit de Janis Joplin avec the Big Brother and the Holding Company. Une prise de son  époustouflante due au génial Stanley Owsley Bear, responsable également de quelques enregistrements du Dead. Janis et son groupe sont en grande forme, vont vite, balancent des fusées psychédéliques qui déchirent tout. Les chansons sont resserrées à l’essentiel. « Ball & Chain », sur neuf minutes est passionnant de bout en bout. Je me suis pas encore remis du solo de guitare James Gurley, complètement halluciné, qui témoigne, s’il en était besoin, de la modernité de ce chef d’oeuvre !  Le disque de Rap de l’année. Revenu d’un long marathon judiciaire contre Sarkozy et ses sbires, la Rumeur règle ses comptes.. Avec l’institution, avec le pouvoir, avec l’époque. Ce serait pourtant trop simple de réduire ce disque à un cri de révolte. Le gang ne s’arrête pas là, il montre qu’il est déjà passé à autre chose et dresse un tableau convaincant de la France des années 2010 entre soumission, désenchantement et… Espoir.
Dr John « Locked Down » Neil Young & Crazy Horse « Psychedelic pill »
Réalisé avec l’appui de Dan Auerbach des Black Keys, « Locked Down » frappe fort. Au niveau de ses meilleurs albums des années 70. Pas moins. On y entend du Mac Rebennack, pèle mêle : blues déjanté, soul new orleans, piano syncopé, voix gouailleuse et funky, mais avec en plus les guitares catchy  et le sens du riff des Black Keys.  Si Auerbach peine à réaliser, avec son groupe, un album écoutable de bout en bout, il trouve ici la formule magique pour mettre son indéniable talent au service du Doc. Plus encore que Dylan, Springsteen, Fogerty, Neil Young incarne la permanence d’une certaine idée du rock américain. Neil Young a survécu aux hippies, aux punks « This is the story of Johnny Rotten, It’s better to burn out than to fade away », à Kurt Cobain qui le vénérait. Il n’y a que lui pour oser des chansons de 27 minutes en 2012. Des chansons qu’on écoute, et qu’on écoutera longtemps encore ! Psychedelic Pill est un grand disque de Neil Young. Ah j’oubliais, Neil Young est le seul aujourd’hui à montrer qu’on peut faire des meilleurs disques à 70 ans qu’à 30 ans ou à 50 ans !
Mark Lanegan« Dark Mark goes christmas » / « Blues Funeral » Calexico « Algiers »
Aujourd’hui, Mark Lanegan est la voix du rock, tous genres confondus. Y a qu’à voir tous ceux qui s’arrachent sa présence sur quelques chansons que sa voix caverneuse vient à chaque fois enluminer d’une lumière sépulcrale. Blues Funeral sorti en début d’année compte quelques unes de ses meilleures chansons. Si les arrangements déroutent un peu au début, il serait dommage de passer à côté de ce grand disque.Son deuxième disque cette année, ce mini LP sorti récemment tombe à pic pour illuminer les fêtes de fin d’année. Un disque de Noël donc mais sombre, très sombre le Noël. Un autre retour en forme, celui des précieux artisans de Calexico autour du duo Joey Burns et John Convertino. Toujours le même savant dosage du meilleur de la musique américaine, country, rock, mariachis, folk dans un creuset unique, harmonieux et empreint de toutes les sensibilités de leurs influences multiples. Quand l’alchimie fonctionne, ça donne des merveilles comme « Maybe on monday » ou « Fortune Teller ». Un groupe rare et précieux !
Spain « The soul of Spain » Neil Young & Crazy Horse « Americana »
Il fait bon retrouver Josh Haden. Depuis les débuts, le style n’a pas bougé d’un iota. On est ici en terrain connu : langueur, pulsion rythmique ralentie jusqu’à l’hypnose et le chant scandé de Josh qui égrène avec une troublante clarté les déclinaisons du tourment amoureux, thème unique de toutes les chansons de Spain ! Comme un baume magique aux effets apaisants. Premier disque de Neil Young sorti cette année autour d’une collection de reprises du patrimoine américain qui scellait pour l’occasion ses retrouvailles avec son groupe de toujours. Neil et ses potes s’éclatent comme au premier jour et réussisent l’exploit de faire sonner ses vieilles scies comme des brûlots garage,  ça pulse, ça défouraille dans tous les sens et les guitares sont à tomber. Le plus grand groupe de rock en activité, ce serait dommage de bouder son plaisir !
Mark Eitzel « Don’t be a stranger » Philipe Uminski « Mon premier amour »
Le retour de Mark Eitzel après la séparation conflictuelle avec son groupe de toujours (American Music Club), après l’accident cardiaque qui a failli lui coûter la vie l’année dernière. Le premier morceau, comme un clin d’oeil, s’intitule d’ailleurs ‘I love you but you’re dead ». Mais Eitzel montre qu’il est toujours un des plus grands songwriters américains et qu’il est bien vivant. Pas grand monde pour écrire des merveilles comme ce « Costumed Characters Face Dangers While At The Workplace » qui en 2’30 » renvoie la concurrence à ses chères études. Il y a vingt ans, dans les Inrocks, Beauvallet écrivait ces lignes inachevées : « Dans quinze ans, quand Les Inrockuptibles écriront la grande histoire des laissés-pour-compte du rock américain, Mark Eitzel aura droit à un chapitre complet. Je sais : c’est moi qui l’écrirai. ». Il va bien falloir que quelqu’un s’y mette…  Un disque de variété totalement assumé. Issu du rock sous influence sixties (Montecarl), Uminski réussit ici une vraie performance. Enregistrer live en studio, accompagné par une trentaine de musiciens, cette collection de chansons qui fleurent bon la meilleure variété française des années 70. Et ça marche, on retrouve ici une certaine urgence, une tension dramatique qui a plus à voir avec le rock qu’avec autre chose. Pas si loin que ça d’une sorte de Scott Walker à la française en somme ou un digne héritier de Michel Legrand si ça vous parle plus !