Il paraît qu’il faut absolument adorer les Pogues, qu’ils ont inventé quelque chose. En plus, ils sont too much, leur chanteur est édenté et ils éclusent des tonneaux de bière. Super ! Qu’ont-ils inventé ? Cela fait vingt ans que des groupes mixent reels and gigues irlandaises et rock, de Planxty à Fairport Convention en passant par Pentangle, Runrig ou encore Van Morrison. 0K, les premiers étaient de vieux babas, il vaut mieux aduler des poivrots édentés que des babs aux douilles trop longues. Mais Van Morrison, mister R’n’B, une voix à tomber net, l’un des plus grands artistes que cette terre ait portés? Celui-là est quand même garant de quelque chose, isn’t he ? Alors, docteur, est-ce grave de préférer au petit talent de la bande à Shane MacGowan la puissance émotionnelle d‘un Van Morrison ? Sûr que cela a dû l’énerver, ce barouf autour de ces guignols tandis que les vraies valeurs se perdent. Non, le véritable son irlandais n’est pas plus les Pogues que le son de la France Simon et les Modanais La véritable Irlande, bourrée de jus, de suavité et d’émotion, de talent et d’air, c’est cet album que Maître Van vient d’enregistrer avec ceux que justement les Pogues adulent, les valeureux Chieftains. L’Irlande qui pulse et frémit, celle de la Coleman Country Traditional Society, des Boys 0f The Lough. des Johnstons, des Dubliners, des Rakes et bien entendu des Chieftains, mariée au souffle, à la puissance d’évocation de Morrison, cela donne ce cocktail «old fashion» ensorcelant. Il paraît que les Pogues ne font pas du folk. Ah bon, c’est pour ça… Car, moi, je ne suis pas contre le folk quand il est intelligent et vrai. Comme cet album qui sent la bière ET le talent.

Alain GARDINIER
in Rock&Folk N°253 (juin 1988)