Biographie (juin 1983)
Jean-Sylvain CABOT livre ici une biographie très détaillée de Van Morrison. Bien sûr, elle s'arrête en 1983. Mais, elle n'en demeure pas moins très intéressante car c'est une des rares biographies de Van parue dans la presse française. JS CABOT a collaboré pendant de nombreuses années à Rock&Folk. Excellent journaliste à tendance encyclopédique, il se signalait aussi par un éclectisme de bon goût qui lui permettait de passer sans problèmes du Hard-rock à la soul music. Son article, au contraire de l'extrait du livre de Gorin, fourmille de détails historiques qui satisferont tous les amateurs français de Van.

© JEAN-SYLVAIN CABOT, Rock & Folk N° 197, juin 1983
La récente tournée anglaise de Van Morrison a remporté un succès triomphal. En France. pourtant, seuls trois disques de sa glorieuse période Warner restant disponibles au catalogue WEA :
“Van Morrison” “His Band And The Street choir”. et “Tupelo Honey” dans la collection “Two Originals 0f..” et l’album live “lt’s Too Late To Stop Now”. Ce qui veut dire qu’il faudra désormais se démener un peu pour retrouver les chefs-d’oeuvre d’un des plus grands chanteurs et compositeurs de la pop-music.
George Ivan Morrison est né le 31 août 1945 à Belfast, la grande ville industrielle d’irlande du Nord. Son enfance semble le destiner très vite à la musique. En effet, sa mère est une ancienne chanteuse de jazz et son père, ouvrier sur les chantiers navals, est un fervent collectionneur de disques de blues et de jazz. Morrison grandit donc au milieu des disques de Leadbelly. Ray Charles, John Lee Hooker, Woody Guthrie et des maîtres du country tels Jimmie Rodgers et Hank Williams. A onze ans il joue déjà avec un groupe de skiffle, puis dans quelques groupes de jazz. A treize ans, il sait jouer de la guitare, de l’harmonica et du saxophone. En 60, il quitte l’école pour devenir musicien professionnel. Il joue du country & western dans un groupe du nom de Deanie Sands & The Javelins, puis rejoint un groupe local de R & B, The Monarchs. Les Monarchs tournent en Angleterre et en Allemagne, dans des villes comme Francfort et Cologne.
De retour à Belfast, Morrison forme Them avec deux anciens Monarchs et deux amis. Dès le début, le personnel est pour le moins flottant et change continuellement. Seul Alan Henderson, le bassiste, demeure le pilier inamovible de la formation. Mais sur la composition du groupe originel, les sources sont contradictoires. Nous avons d’un côté la formation suivante : Billy Harrison (guitare), Alan Henderson, Ronnie Miilings (batterie) et Eric Wiksen (piano). Ou bien encore, outre Henderson, Jim Armstrong (guitare), Ray Elliott (orgue) et David Harvey (batte-rie). En fait, la formation la plus stable et la plus connue de Them est celle qui regroupe, Billy Harrison et Alan Henderson, ainsi que Jackie McAuley (orgue) et Patrick McAuley (batterie). En fait, tout au long de leur brève carrière, Them restera ce groupe dont Morrison parla en cas termes: « Them, c’était surtout moi, quelques-uns du groupe et quiconque se trouvait là ». En 63-64, Them fait les beaux jours du Old Sailor’s Maritime Dance Hall à Belfast. C’est la vraie époque de Them, comme aime à le rappeler Morrison. Le groupe n’a encore rien enregistré et casse la baraque tous les soirs à grands coups de R & B chaleureux. Leur réputation locale est telle qu’un directeur artistique vient les voir et les fait signer chez Decca. Un premier single sort en septembre 64. le cinglant “Don’t Start Crying Now », un blues (surgénéré) de Slim Harpo. Le titre ne marche qu’en Irlande. A l’automne le groupe vient à Londres, mais sans Jackie McAuley resté à Belfast. Ce premier contact avec la grande métropole anglaise est un échec. Tout se passera mieux en novembre. Le second single, “Baby Please Don’t Go” (blues de Big Joe Williams), vient de sortir, bénéficie de quelques passages radio et devient même un indicatif pour l’émission de TV “Ready Steady Go » … Le titre atteint la dixième place des charts en janvier 65. La face B n’est autre que « Gloria » (signé Morrison), éternel pilier de juke-box et classique absolu du rock. Gloria reste le titre le plus célèbre de Them et pourtant ce ne fut jamais un hit — mais la popularité du morceau est telle que c’est tout comme. En 66, « Gloria »ressortit couplé avec “Friday’s Child “(destiné au seul marché américain, semble-t-il).
Pour le moment, nous sommes toujours en janvier et Decca sort un E.P. comprenant «Don’t Start Crying Now », « Philosophy », «One Two Brown Eyes » et « Baby Please Dont Go.. Au grand dam de ses fans irlandais, le groupe vient travailler à Londres et rencontre le producteur américain Bert Bems, Nous reviendrons sur Berns un peu plus tard. Pour l’instant, celui-ci prend les affaires de Them en main et leur fait enregistrer une de ses propres compositions. Il s’agit de “Here Comes the Night » , qui se classe numéro deux en avril derrière le «Ticket To Ride » des Beatles. C’est le hit ! Le premier et le dernier, pour tout dire. Le groupe part en tournée dans tout le pays. Au fil des mois, Morrison aligne une suite de singles ; «One More Time » (juin). “It Won’t Hurt Half As Much” (août), “Mystic Eyes” (novembre) qui, curieusement, connaissent peu de succès et ne se classent même pas dans les charts. Depuis l’été les frères McAuley sont rentrés à Belfast. remplacés par Peter Bardens (ex-Cheynes et futur Camel) et Ronnie Millings. En fait, pour l’enregistrement de son premier album, le groupe est renforcé, sinon quasiment remplacé, par des musiciens de studio dont Jimmy Page évidemment: ce dernier jouerait en effet sur les célè-bres «Gloria », « Baby Please Don’t Go » et « Here Comes TheNight » et raconte combien ces séances avec Them furent parmi les plus embarrassantes de sa carrière. En effet, l’atmosphère est tendue. Morrison n’apprécie pas plus ces méthodes que l’attitude de Decca voulant imposer au groupe une image de rebelles et de «délinquants », comme c’est alors la vogue à l’époque (voir Stones). Tout ceci rendra désormais Morrison extrêmement méfiant et critique à l’égard du “bizness ».



