Pour ceux qui l’ont vu à l’Olympia au printemps dernier, il est clair que Van Morrison est, en ce moment, touché par la grâce. En 1988, Irish heartbeat, son disque en collaboration avec les Chieftains, marquait la fin d’un cycle. Il retrouvait les chansons de son enfance et abandonnait sa quête, intense mais brumeuse, de la décennie passée.
Ce n’était pas un pas de côté, mais une véritable mue. Avalon sunset, l’année suivante, le certifiait : Van Morrison avait retrouvé le chemin de la mélodie et de la simplicité. Enlightenment confirme cette embellie. Avec les mêmes musiciens, il a enfin trouvé le dosage parfait de rhythm’n’blues traditionnel, de jazz, de folk et de musique symphonique, qui n’appartient qu’à lui. Il ne se contente plus de grogner, de rugir à la recherche de son âme. Toute sa violence, sa sauvagerie, son animalité, il les met au service du chant et de la mélodie. Quand il chuchote soudain “It’s so quiet in here, it’s so peaceful in here”, c’est comme s’il propageait une hallucination : on entend le murmure d’un ruisseau dans la montagne, on sent un tapis d’aiguilles de pin soulevé par un souffle de brise. Ses mélodies, ses paroles, sont encore plus élémentaires que sur Avalon sunset, comme s’il recherchait des impressions enfouies aux premiers jours de sa conscience. Chacun des dix morceaux d’Enlightenment a cette simplicité apparente que seuls peuvent se permettre ceux qui se sont égarés sur les sentiers les plus tortueux. Van Morrison s’est enfin accepté.

Michka ASSAYAS

Septembre 1990