Si le célèbre sale caractère de Van the Man a parfois été documenté sur ses derniers albums (le beau « days like this » et le réussi « the healing game »), Van a cette fois laissé totalement de côté toute rodomontade colérique pour se consacrer aux traits de comportement qu’on lui préfère : contemplation, tendresse, nostalgie et méditation. Certes, comme avec les plus éclatantes supernovae de la musique populaire, ses oeuvres vivront toujours dans l’ombre de ses plus grands sommets et « Down the road » n’est pas « Moondance », « Astral Weeks » ou « Tupelo honey ». Mais l’album, consacrant trente ans d’activités rock’n’roll, est étonamment réussi, mêlant la soul celtique et le folk enflammé qui sont le vocabulaire du lion de Belfast depuis ses débuts au sein des them. Baissant un peu sa garde, il se laisse aller à quelques hommages aux glorieux ainés – la pochette du disque en témoigne – comme ce « Hey Mr DJ » qui ravive le fantôme de Sam Cooke, la reprise de « georgia on my mind » (Ray Charles naturellement) et même cet étrange et touchant « Whatever happened to PJ Proby », dans lequel Van s’interroge sur le destin de l’illustre texan et laisse son inspiration dériver pour finalement demander à l’auditeur : « Et moi, que m’est-il arrivé ? » Ce doute, cette fragilité pour lesquels on a toujours aimé Van Morrison se retrouvent sur les meilleurs titres du disque, comme le magnifique « Steal my heart away » et l’immédiat classique qu’est « The beauty of the days gone by », chanson qui semblait attendre d’être déterrée d’un cimetière poétique irlandais par le dernier de ses bardes, héritier glorieux d’une tradition bientôt éteinte.

Nicolas ACIN

Aout 2002