Van_Morrison_Born_to_Sing_No_Plan_BDans le communiqué de presse qui accompagne son 35ème album, Van The Man prend la peine de rappeler qu’il ne conçoit pas la musique comme un passe-temps. Précision utile, il n’est pas connu pour être un adepte de la futilité. Avec la candeur d’un jeune homme en colère, il fustige la société de consommation, revient sur ses interrogations mystiques et rend hommage à la musique du diable. Ce qui surprend, mais colle finalement bien au personnage, ce sont ses attaques contre le matérialisme, voire contre le capitalisme. « L’argent ne sert qu’à payer les factures, il ne comblera pas votre âme », assène-t-il sur la ballade soul, « Open the door (to your heart) ». Préoccupations similaires sur « If in money we trust », longue méditation jazzy inspirée par la devis imprimée sur les billets d’un dollar (In God we trust). Dans « Goin down to Monte Carlo », il laisse libre cours à sa misanthropie. Citant la phrase de Jean-Paul Sartre, « L’enfer, c’est les autres », il ajoute aussitôt : « Je crois que c’est vrai pour la plupart ». En même temps, comment lui en vouloir ? « Encore 25 km de route à faire et la radio qui diffuse ce pseudo-jazz », maugrée-t-il. Tout le contraire de son backing band : une machine de guerre soul-blues cuivrée à souhait, qui anticipe la moindre demande du patron. Après avoir traqué le spirituel pendant plus de quarante minutes et roulé vers Monte-Carlo, Van change brusquement de ton. Dans « Pagan Heart », il renoue avec son coeur païen et fonce vers le Crossroads. Un rendez-vous avec John Lee Hooker, probablement. Ce disque aurait d’ailleurs pu s’appeler « The Healer » si le titre n’avait pas été pris. Car ces dix chansons sont des remèdes. A la crise, à l’ennui, au pessimisme, à ce qu’on voudra.

Pierre MIKAILOFF

Janvier 2013