On a appris à aimer Amadou et Mariam, le couple d’aveugles du mali, depuis leur premier tube, cette guitare bluesy au son si clair, cette naïveté émouvante qui se dégageait des paroles de « Mon amour, Ma chérie ». Sur la longueur, les albums peinaient un peu dans les côtes. Disons le d’emblée, ce n’est pas le cas de ce « Dimanche à Bamako » qui bénéficie de la présence de Manu Chao mais qui reste avant tout un disque d’Amadou et Mariam. Amadou est un guitariste régulièrement impressionnant qui sait sonner résolument moderne sans rien renier de ses racines africaines. Les arrangements donnent immédiatement envie de danser et évoquent souvent les meilleurs moments du R&B période Stax (« La réalité »). Comme si Booker T & the Mg’s jammait avec Ali Farka Touré. Manu Chao chante sur le tubesque « Senegal Fast Food » mais personne, ici, ne songe à tirer la couverture à lui, ce qui fait indéniablement la grande force de ce disque. Certains trouveront les paroles un peu « limite » (« fais toi plus belle pour la fête au village, je serais la plus jolie pour toi mon chéri… Je suis un paysan, un cultivateur, j’ai dans mon champ du riz, du mil et du maïs. J’ai aussi dans mon champ du coton et des haricots… ». Au contraire, la force qui se dégage de cette simplicité évoque d’autres grands moments de la chanson française rustique, on pense par exemple à l’inégalé « Marie Jeanne » de Joe Dassin.