George Ivan Morrison, dit Van Morrison ou encore Van the Man, né à Belfast le 31 août 1945, est un auteur et compositeur nord-irlandais.

George Ivan Morrison naît le 31 août 1945 dans une petite maison de la partie est de Belfast, à la lisière de la campagne. Il est l’unique enfant d’un jeune couple issu de la classe ouvrière : sa mère Violet travaille dans un moulin, et son père George est un électricien qui exerce dans les chantiers navals avoisinants. Ce dernier est un homme plutôt timide et introverti, mais aussi un passionné de musique détenteur d’une collection de disques assez improbable pour le lieu et l’époque. Par opposition, Violet est une personnalité exubérante, chanteuse et danseuse occasionnelle toujours prête à user de ses talents pour animer les fêtes. Dans ce cadre favorable au développement de son oreille, le jeune Van (comme tout le monde le surnomme) découvre quelques grands noms de la musique américaine parmi lesquels Muddy Waters, Hank Williams, Woodie Guthrie, Charlie Parker, Mahalia Jackson et surtout Leadbelly, son préféré qui le décide à chanter et sera pour un temps un modèle absolu, son « gourou » comme il le qualifiera lui-même. Ce savoir précocement acquis le distingue d’à peu près tous ses contemporains musiciens, qui n’ont souvent découvert leurs principales influences qu’une fois étudiants. Van Morrison écoute également les musiciens de son quartier qui jouent beaucoup dans les rues, et font inconsciemment naître son intérêt pour la musique celtique traditionnelle.

La famille Morrison est protestante, mais peu pratiquante. Van sera d’ailleurs envoyé au collège laïc d’Orangefield, et observera toujours les problèmes qui déchirent son pays avec distance et incompréhension : « Je n’avais pas même conscience de ces affrontements religieux avant d’être un jour apostrophé et frappé par une bande de jeunes que je n’avais jamais vu auparavant. Ils sortaient avec l’intention d’agresser les catholiques ou les protestants, je ne sais plus. Ils ont arrêté de taper lorsqu’on leur a dit qu’on était pas ce qu’ils croyaient. Tout cela me semblait irréel. » Violet a pourtant manifesté sa ferveur religieuse en se rendant pendant une courte période à des réunions des Témoins de Jéhovah, parfois accompagnée de son fils. Cette ouverture d’esprit et cette tolérance à l’égard des religions annonceront la quête spirituelle que le chanteur poursuivra au cours de son œuvre, sans jamais montrer l’arrogance d’un nouveau converti qui caractérisait Bob Dylan dans la fin des années 1970 et le début des années 1980.

En 1956, une reprise skiffle à succès de Leadbelly par l’écossais Lonnie Donegan incite Van Morrison et beaucoup d’autres, les Beatles en tête, à fonder à onze ans un premier groupe de skiffle avec quelques amis de son quartier, les Sputniks. Il y tient les rôles de guitariste et de chanteur, armé de la guitare d’occasion que lui a offerte son père. Le groupe d’écoliers se produit majoritairement au cours de mariages ou autres fêtes religieuses, de concours de jeunes talents ou bien dans des foyers de jeunes. À partir de cet époque Van étudie avec assiduité la musique, apprend quelques rudiments de piano et développe une impressionnante technique à l’harmonica. Avec le rock ’n’ roll s’abat une seconde vague de modèles qui l’influenceront considérablement, en particulier Bill Haley, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Little Richard, Chuck Berry et Buddy Holly. Il assiste aussi avec enthousiasme à l’avènement des premières stars britanniques du genre, comme Tommy Steele ou Cliff Richard avec lequel il chantera en duo en 1989 sur Whenever God Shines His Light On Me, et commence à écrire un peu de prose ainsi que quelques fragments de couplets pour des chansons encore inexistantes.

En 1960, le jeune Van n’a pas de groupe attitré et en change constamment, mais se fait plus particulièrement remarquer en tant que guitariste de Deanie Sands and The Javelins. Il abandonne l’école en juillet de cette même année sans aucune qualification, à l’âge de quinze ans. C’est l’époque des petits boulots pour le futur chanteur, qui exerce dans de nombreux domaines et monte même avec un partenaire de son âge une entreprise de laveurs de carreaux, une expérience qu’il évoquera bien plus tard avec humour dans sa chanson Cleaning Windows. La formation The Javelins (à présent sans Deanie Sands) dans laquelle il joue de plus en plus régulièrement subit alors de multiples métamorphoses : les adjonctions d’un pianiste puis d’une section de cuivres sous l’impulsion de Van qui passe au saxophone ténor. « Un soir il nous est apparu avec un étrange étui à instrument. C’était un saxophone que son père lui avait acheté. Nous lui avons demandé s’il savait en jouer et il a répondu : « Une note ! » Et cette note était un fa. À ce moment nous apprenions un thème de Peter Gunn, alors nous l’avons transposé en tonalité de fa, et il nous a rejoint au sax en klaxonnant son unique note. Soudainement nous avions un gros son ! Il a poursuivi l’étude de cet instrument – il ne chantait pas encore beaucoup, on était déjà plusieurs à le faire – et nous avons ainsi évolué pour devenir un showband. » Le concept spécifiquement irlandais de showband désigne un groupe d’au moins huit musiciens, dont une bonne part de cuivres, qui anime en uniforme les samedis traditionnellement festifs de la population rurale environnante. Cela ne correspond évidemment pas à ce que souhaiterait jouer Van, mais le contexte ne lui laisse pour l’instant pas d’alternative. En conséquence de ces importantes modifications, les Javelins se rebaptisent The Monarchs.

Van Morrison développe pour l’occasion un jeu de scène exubérant qui lui vaut une belle réputation et constitue l’une des principales attractions du showband : il n’hésite pas à déchirer chemise et pantalon pour se rouler sur la scène. « Il était habituellement très calme, mais dès qu’il entendait de la musique, il s’animait », expliquera un témoin. Une rencontre avec un chanteur écossais déterminera les Monarchs les plus motivés à embarquer pour l’Écosse et à y faire une première tournée, à la suite de laquelle ils se dirigeront vers Londres sur le conseil du chanteur Don Thomas. Van n’est alors qu’un adolescent de seize ans, mais fait bien entendu partie du voyage. Après une période difficile durant laquelle ils mènent une vie de bohème, les jeunes musiciens décrochent une audition qui leur donne le droit de se rendre dans le sud de l’Allemagne, et de jouer pour un public composé majoritairement de GI enchantés d’entendre les quelques chansons de Ray Charles ou de James Brown que l’on veut bien accorder à Van, qui est seul capable de rivaliser avec les américains lorsqu’il est question de leur musique. Ce voyage initiatique comprendra même l’enregistrement d’un 45 tours avec chansons imposées, sous le nom de Georgie And The Monarchs (dans lequel Van ne fait que jouer du saxophone) organisé à la demande d’un éminent membre du secteur allemand d’une grande maison de disques, qui paraîtra au cours de l’été 1963 et sera un petit succès en Allemagne. « La chanson était vraiment mauvaise, mais nous l’avons dotée d’un instrumental détonant », estimera Van quelques années plus tard. Les titres de ces morceaux sont Boozoo Hully Gully (face A) et Twingy Baby (face B).

De retour à Belfast à la fin de l’année 1963, Van Morrison intègre un nouveau showband dont le guitariste est Herbie Armstrong, un collègue irlandais avec lequel il retravaillera au cours de sa carrière solo. Ils effectuent ainsi une tournée en Angleterre au printemps 1964, dont Van profite en observant avec émerveillement les changements radicaux qu’a permis l’explosion des Beatles ; les jeunes groupes anglais qui reprennent des vieux standards de blues, comme les Rolling Stones et les Animals, l’intéressent plus particulièrement et lui donnent le sentiment d’un retour à la musique de son enfance. Sous leur influence, il compose des chansons puis rentre à Belfast avec l’idée fixe de fonder sa propre formation à leur image dans un pays resté en retrait par rapport à cette nouvelle effervescence britannique. Pour marquer le coup, il se laisse pousser les cheveux, et saute sur l’occasion lorsqu’il apprend qu’un club de rythm and blues veut lancer un groupe. Ne pouvant réunir les musiciens qu’il souhaite, Van se rabat sur The Gamblers, une formation fondée en 1962 qu’il intègre en tant que simple saxophoniste, mais son influence ne cessera d‘augmenter au cours des années suivantes. Le groupe se rebaptisera rapidement Them pour éviter la confusion avec un homonyme.

Les années que Van Morrison passe avec Them sont très formatrices pour le chanteur. Une première conséquence est qu’il s’installe durablement à Londres où ont lieu les séances d’enregistrements avec le groupe. Là, il fait jouer et graver ses premières compositions, parmi lesquelles le très célèbre Gloria qui sera repris par de nombreux musiciens, dont Patti Smith sur l’album Horses. Quelques années avant la parution du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles qui développera radicalement les techniques d‘enregistrement, Morrison prend également l’habitude d’expérimenter en studio et annonce la carrière d‘artiste autoproduit qu’il embrassera plus tard par souci d‘indépendance. D’autre part, il inaugure ses légendaires mauvais rapports avec l’industrie du disque et les médias (voir l’article Them pour plus de détails).

Enfin, quelques rencontres marquantes ont jalonné le parcours de l’Irlandais au sein de Them : en particulier celles du producteur Bert Berns, des claviéristes Peter Gardens et Phil Coulter qui interviendront dans des albums ultérieurs, et de sa future femme Janet Planet dont il est déjà amoureux lorsqu‘il abandonne le groupe en 1966. Cette dernière est une jeune actrice californienne que Van a vraisemblablement rencontrée au cours d’un concert de la tournée américaine de Them. Toutefois, Morrison a depuis nettement relativisé l’importance de ce groupe dans le développement de sa carrière : « Si je n’avais pas fait partie de Them, j’aurais juste intégré un autre groupe… ce n’était pas très important pour moi. »