3 juin 2009

Caledonia est un totem, un fétiche, un pays portatif que Van Morrison trimballe partout où il va. Comme le juif est errant, l’Irlandais est baladeur. Veedon Fleece est enregistré dans les Caledonia Studios en Californie (et aussi à New York), pour les Caledonia Productions, chansons publiées chez Caledonia Soul Music. Le portrait de l’artiste, assis sur une pelouse verte entre deux chiens de berger coiffés comme lui, parle de Grande-Bretagne éternelle.
Sur le disque à l’intérieur, Morrison s’est fait la voix d’Al Green ici ou là. Un falsetto visant moins le ciel du gospel que fouaillant l’âme blessée. Puis retombe sur ses pattes et son timbre habituel. Une flûte souffle un air celtique (Streets of Arklow) ou renoue avec les méditations fiévreuses et jazzy d’Astral Weeks, en roue libre (You don’t pull no punches, but you don’t push the river). Cul de sac indique sans doute l’état d’esprit de son auteur, pas loin de la dépression. Après la parution de cet album assez largement boudé par fans et critiques, il fera un gros break de trois ans, jusqu’à envisager de tout arrêter, de larguer les amarres loin de ce business haï et de ces chansons où il se mortifie.

Avec les années, Veedon Fleece est venu se ranger vers le haut de la pile. Superbement désolé, il donne son meilleur à la fin. Avant le brouillard élégiaque de Country Fair, où la voix s’évapore, Come here my love est la plus courte (2 mn 18) mais si puissamment nue que le reste pâlit en comparaison. Chez Morrison, la mélancolie est en briques, on ne peut pas passer au travers. Complainte amère de troubadour cassé, plus soul que ce morceau juste habillé folk (une guitare), tu meurs. Nick Drake, où es-tu ? Pas très loin. John Martyn aussi s’est promené par là. Come here, my love, dit-il… Mais l’immobilité de la chanson ne suggère aucun geste. Elle est loin, déjà, celle qu’il appelle. Si loin que forcer la voix ne servirait à rien. Alors Van marmonne et c’est beau à pleurer.