28 mai 2009

Entre le moment où il laisse les Them en plan à Belfast et celui où il revient en Irlande écrire Astral Weeks, Van Morrison passe un an et plus à New York. En trois jours, il grave un paquet de morceaux pour Bert Berns et son label Bang!, lesquels feront régulièrement surface sous divers assemblages, pochettes et formats. Dans le lot, l’incroyable T.B. Sheets et deux brouillons de l’album en germe : Beside you et Madame George, dans des arrangements très différents du raffinement jazzy à venir.
To be born again, chante Morrison au début d’Astral Weeks. Son acte de renaissance est le récit d’une vie antérieure assez riche pour irriguer des chansons-fleuve. Et quand elles sont courtes, elles ont l’éclat du feu (ou de la neige). Je me souviens de mon bras de fer avec Beside you, ça passait ou ça cassait, j’avais l’âge où Morrison déjà chantait, je n’étais pas habitué à une telle présence physique de la voix, d’une intensité presque gênante. Je me perdais dans l’espace moins confiné de Cyprus Avenue, chez Madame George, à jamais embarqué. The way young lovers do m’agrippait déjà mieux qu’aucune autre. Avec la sèche légèreté de l’intro (Take five !), le flux des mots, we strolled the fields all wet with rain / and back along the lane again… les poils se dressent rien que de les taper. Ainsi couraient donc les jeunes amours dans la campagne irlandaise.

Pourquoi la voix s’acharne-t-elle à déchirer la brume du souvenir ? Peur de la nostalgie ? Pour toujours la chanson sera brutalement présente. A-t-on entendu quelqu’un dire ainsi I love you ? Van Morrison a la madeleine féroce. Pas du gâteau : de la viande qu’il dévore tout cru, avec les cuivres aux fesses maintenant. D’autres essaieront de retrouver ce feel écorchant la douceur : Maria McKee, un soir au Bataclan, chérubine endiablée : oui ! Jeff Buckley, un peu plus tard : bien essayé, jeune homme au beau ramage. Van the Man lui-même au Hollywood Bowl l’an dernier : passons…
à suivre