2 juin 2009

Astral Weeks n’est pas seulement l’album de Van Morrison le plus riche en émotions fortes et en finesse musicale. C’est aussi le programme de ce qui va suivre. L’allusion du titre au  « plan astral » anticipe les dérives cosmico-spirituelles assez fumeuses qui mèneront ce type apparemment très terrien vers le new age et la scientologie (il en reviendra). Le mix, inédit jusque là, de swing, folk et soul (et encore, a-t-on fait le tour avec ces trois mots ?) est un filon que l’ombrageux propriétaire de la mine saura seul creuser. Sans jamais aller aussi profond qu’au premier coup ? Pour en être sûr il faut explorer la copieuse discographie de Morrison sans faire trop d’impasses, et on peut s’y user.

En 1970, le jeune homme est beau, amoureux et quasi américain. Il a un contrat chez Warner. Il sort deux albums la même année, le meilleur est Moondance. Plus facile à l’oreille qu’Astral Weeks (typiquement le genre de grand cru corsé qu’on n’avale pas à tous les repas), c’est le versant bucolique du barde échevelé. And it stoned me est une belle brique pour commencer à construire une maison imaginaire appelée celtic soul.
On l’entendait sur la sono juste avant que Dexys Midnight Runners ne prenne la scène au début des années 80. Kevin Rowland est l’un des rares disciples avérés de Morrison (avec Cathal Coughlan, dont on reparlera aussi). Mais Moondance, le morceau, est imparable. Il est assez plaisant d’écouter la voix de rogomme emprunter un peu de l’élégance du crooner, comme par inadvertance. Le thème est celui de You’d be so nice to come home to, de Cole Porter, dont Julie London a déposé la version de référence. Van ne se privait pas d’enchaîner les deux en concert (ou avec My funny Valentine, voir l’excellent A night in San Francisco). On peut danser là-dessus… Connie Kay, le batteur du Modern Jazz Quartet, n’est plus là (il réapparaît sur Tupelo Honey) mais le swing onctueux fait avec l’âpreté du chant un parfait cocktail.
à suivre